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Le POINT DU JOUR MIS A JOUR?

"De ce lieu-dit subsiste sur notre territoire, la Porte du Point du Jour, à la fin du Boulevard Murat , entre la Seine et la Porte de Saint Cloud. L’origine de ce nom a donné lieu à des spéculations plus ou moins farfelues. Nous avons mené l’enquête.

Le Duel du Comte de Coigny ?
Barbier, auteur d’un Journal sous la Régence et le règne de Louis XV, attribue le nom point du jour à un duel qu’il relate.
A la cour de Versailles, le comte de Franquetot de Coigny perdait beaucoup à la table de jeu alors que le prince de Dombes avait une chance exceptionnelle.
Exaspéré, Coigny s’écria : « Il faut être bâtard pour avoir tant de bonheur ! »

Fils du duc de Maine, bâtard légitimé de Louis XIV et de madame de Maintenon, le prince de Dombes crut à une allusion à la naissance de son père. Sans cesser de jouer, il s’approcha de Coigny et lui dit dans le creux de l’oreille : « Vous pensez bien que nous allons nous voir tout à l’heure.Ou et quand ? demanda Coigny - Sur la route au point du jour », répondit le prince.

Les deux hommes et leur escorte partirent à cheval peu après et se dirigèrent vers Paris. Le froid était vif et il neigeait durant cette nuit du dimanche 3 mars au lundi 4 mars 1748.
Lorsque le jour se leva, ils mirent pied à terre, et s’affrontèrent à l’épée. Coigny fut tué sur le coup.
L’endroit ou il tomba, situé sur la route de Versailles à Paris, au niveau d’Auteuil, reçu le nom de Point du Jour en souvenir de cet évènement qui eut un grand retentissement à l’époque à la Cour, puisque Louis XV décommanda la chasse ainsi que la comédie qui devaient être données ce lundi.

A noter que cette anecdote est aussi rapportée dans les Mémoires de Dufort de Cheverny.
S
elon Simon: Le prince de Dombes continua « sa carrière » à la cour de Louis XV dans les « petits soupers » - Officiant en tant que cuisinier, le prince avait beaucoup d’imagination dans le nom de ses plats : Yeux de veau farcis au gratin, Poulet à l’allure nouvelle en Chauve souris en culotte, Bignets bacchiques, Hachis d’œuf sans malice…. Il écrivit même un livre : « Le Cuisinier Gascon »…

Un Moulin Ligure ?
Auteur d’un livre à compte d’auteur difficile à trouver, intitulé le Point du Jour, paru en 1933, R Pujol en a livré un résumé dans l’illustration du 29 octobre 1932. Il a recensé au moins cent vingt lieux-dits nommés le Point du Jour, répartis entre trente quatre départements.
Il constate qu’ils se trouvent tous en pleine campagne, qu’ils concernent des maisons isolées, des fermes et parfois des hameaux mais jamais des agglomérations, et que tous ces endroits sont, soit sur un cours d’eau, soit sur une hauteur. Il en déduit que le terme Point du Jour s’applique à des moulins à vent ou à eau.


Rattachant hardiment la langue ligure au sanscrit, il écrit « Prenons la forme de la langue d’oc pount ou pound el journ, dont la forme de la langue d’oïl, puint del journ, ne différait que par la diphtongaison subséquente de pount devenu puint.

Le dernier terme journ, qui se prononçait autrefois djourn, n’est autre que le participe sanscrit védique djourna signifiant « qui tombe en ruine, ruiné, délabré. » La voyelle finale inaccentuée s’est amuïe comme dans le mot journ (jour) même. La fausse coupure est entre les deux premiers termes qui, au lieu d’êtres séparés, doivent être réunis. En les soudant, nous obtenons pountdel ou poundel.

Or pound est une racine sanscrite qui signifie « broyer, réduire en poudre » ; ela est un suffixe sanscrit de substantif classé comme ligure par d’Arbois de Jubainville. Ce suffixe s’ajoute à la racine pour former le nom de la chose, de l’objet qui exécute l’action exprimée par elle. De la Poundela, puis pundel par la chute du a final inaccentue, signifiant »qui broie, qui réduit en poudre », c'est-à-dire « moulin ».

Donc : En trois mots, poun del journ signifie bien en vieux français « point du jour ». Mais, en deux mots, poundel journ veut dire en langue ligure, c'est-à-dire dans le français inconnu, « moulin en ruine ». Cette étymologie s’accorde, come on le voit avec les anciennes topographies que nous avons pu reconstituer (L’Illustration, 29 octobre 1932, p.288).

Il y a toutefois deux défauts à cette savante démonstration. Le premier, c’est que le territoire des peuples dits ligures (La Ligurie a pour capitale Gêne en Italie) ne s’est jamais étendu au nord jusqu’au Bassin parisien, et qu’en outre, on ignore tout de la langue ligure. Le second, c’est que les Ligures avaient disparu bien avant qu’apparaissent les premiers moulins à eau puis à vent.

Un Cabaret ?
Minutieux historien de Paris, Maurice Dumolin apport une troisième version basée sur les archives. La route de Versailles prit de l’importance lorsque Louis XIV s’y installa en 1670. Elle suivait jusqu’alors le cours de la Seine sur la rive droite et portait au XVI eme siècle le nom de « chemin de Billancourt » en 1683, cette voie fut élargie et modifiée afin d’obtenir une ligne droite d’Auteuil au Pont de Sèvres, qui franchissait à cette époque le fleuve en amont du pont actuel et s’appuyait sur la pointe de l’île Seguin (La rue du Vieux Pont de Sèvres en restitue l’axe).

Au niveau du lieu dit le Point du Jour se créa un embranchement où ce nouvel itinéraire se séparait du chemin longeant la rivière. Cette bifurcation fut aussitôt bordée de cabarets. Le terrier de 1681-1682 mentionne un lieu-dit « le Bon Jour » qui inspira peut être l’enseigne « le Point du Jour » portée par un de ces cabarets.

Maurice Dumolin signale que « Le Point du Jour » était une enseigne fréquente à Paris et site comme exemple la maison à l’angle des rues Saint-Honoré et Tirrechappe. Il trouve trace d’un cabaret « vulgairement nommé le Point du Jour » dans les actes des 1er novembre 1692 et 18 juillet 1693.

Cette auberge fut fondée par un certain Louis Bréan, « maître ferrandinier », dont la maison est mentionnée sur la chaussée de Versailles. Dumolin en énumère les propriétaires jusqu’en 1826.nfin le stylo Pygmalion est assuré 30 ans comme une œuvre d’art au même titre qu’un tableau de maître (Le montant de la prime étant inclus dans le prix d’achat).

Bibliographie :

Dumolin(Maurice) – « Le point du Jour » Bulletin de la Société historique d’Auteuil et de Passy 1934 .
Fierro (Alfred) – Mystères de l’histoire de Paris – 2000 .
Bourbon, Louis-Auguste de Bourbon, Prince de Dombes. Le Cuisinier Gascon. “Amsterdam”, s.n. 1740.

 

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