ENQUETE
En cours - Boualem Bensaid
Nos pensées vont à ceux qui ont été lâchement assassinés et à tous les leurs
ainsi qu'à ceux qui ont été blessés et humiliés
lors de ces attentats.

Mercredi 1er novembre, vers 22h30, un homme de taille moyenne, sort d'une cabine
téléphonique place de Barcelone et se dirige vers
l'immeuble du 30 rue Félicien David. Soudain, deux policiers en civil se jettent sur lui et le plaquent au sol..
«Il y avait un homme en costume avec une cravate rouge qui criait et résistait, raconte un témoin. J'ai vu deux policiers à pied, deux sur une moto et deux autres qui sortaient d'une voiture. Depuis sa fenêtre, quelqu'un a crié: "Appelez la police." A ce moment-là, l'un des policiers a sorti sa carte et a lancé: "C'est nous la police."».

Notre témoin venait d'assister à l'arrestation mouvementée de l'un de ses voisins, Boualem Bensaïd,
28 ans, dit «Mehdi», considéré par les policiers français comme l'émir – le
responsable – de la série d'attentats attribuée au Groupe islamique armé (GIA)
en France.
Boualem Bensaïd était arrivé à Paris début juillet, muni de faux papiers français, après avoir transité par la Tunisie et la Croatie. Mais ce n'est que fin août qu'il prend possession de l’appartement de la rue Félicien-David. «Il ne recevait jamais de courrier et n'avait pas le téléphone», remarque la concierge de l'immeuble.
L’homme est loin de correspondre à l’image toute faite du terroriste intégriste. Tête dégarnie, pas de barbe, il porte des lunettes, une veste et une cravate qui lui donnent l’air d’un étudiant appliqué. Bon chic bon genre. "Un jeune homme correct, poli et discret ", dit de lui la concierge de son immeuble. Un camouflage parfait. Mais, derrière la faconde, se cache un intégriste pur et dur." - Je suis venu d’Algérie pour tuer ", aurait-il affirmé aux policiers lors de son arrestation. " Bensaïd me terrorisait ", déclare en écho Nasredine Slimani, avec qui il était en contact. L’homme impressionne. Même Khaled Kelkal en avait peur, racontent ses amis.
Il semble que les policiers ont décidé de passer à l’action, alors que Boualem Bensaïd
venait de donner l'ordre à un correspondant à Villeneuve-d'Ascq, dans la
banlieue de Lille, de faire sauter un marché le jeudi ou le dimanche suivant.
Les enquêteurs auraient certainement préféré continuer de recueillir des informations en le laissant libre de ses mouvements, mais ils n’avaient plus le choix. Les policiers le savent, ils ont eu beaucoup de chance: le réseau lillois était un réseau dormant, activé par Boualem Bensaïd depuis la mort un mois auparavant de Khaled Kelkal, ce jeune homme devenu ennemi public numéro un, abattu par les parachutistes de la gendarmerie devant les caméras de M6, au lieu-dit Maison-Blanche, à Vaugneray, dans le Rhône.
Boualem Bensaïd a été condamné en 1999 à dix ans de prison pour "association de
malfaiteurs", puis en 2001 à trente ans de réclusion criminelle, dont vingt ans
de sûreté, pour une tentative d'attentat contre le TGV Lyon-Paris le 26 août
1995. En 2003 à la réclusion criminelle à perpétuité assortie d'une période de
sûreté de 22 ans par la cour d'assises spéciale de Paris pour sa participation à
trois attentats commis en 1995 à Paris.
Toutefois 2 questions restent posées:
1
/ Alors que les enquêteurs ont retrouvé en 1995 au domicile
de Boualem Bensaïd, un pistolet Beretta, un réveil, un fer à souder, du fil électrique, et
"4,8 kilos de matière granuleuse de couleur jaune" (chlorate de soude) dissimulés dans un baril de lessive et qui entrent dans la composition des explosifs, ainsi qu'un impressionnant stock de piles...
...Comment se fait il que quelques mois plus tard dans le même appartement ,
alors qu'il a été fouillé de fond en comble, des ouvriers
découvrent, à l’arrière d’un lave-linge, un pistolet automatique de calibre 7,65
mm, semblable à l’arme utilisée lors de l’assassinat de l’imam Sahraoui et de
son secrétaire, le 11 juillet 1995 ? Pourquoi et où est ce
pistolet?
2/ L’opacité qui entoure le dossier d’Ali Touchent très proche
Boualem Bensaïd mort à Alger le 23 mai 1997 et qui l' rencontré
rue Félicien David laisse la porte ouverte à toutes les supputations.
Ainsi une rumeur persistante bien que jamais étayée par des pièces de justice, voudrait que Tarek ait été un "agent double ou triple" travaillant à la fois pour les rebelles islamistes du GIA, les services secrets algériens et qui aurait été ensuite récupéré par les services du contre-espionnage français.
Ali Touchent alias Tarek, alias Samir Bouchiba, alias Cheikh Abdelnasser aura toujours miraculeusement échappé aux nombreux coups de filet opérés en France et en Europe, lancés pour démanteler les réseaux.
Evaporé, disparu de la circulation !
Bien que traqué par Interpol, le fantôme est réapparu, mort, « abattu par les forces de l’ordre algériennes à Alger le 23 mai 1997 », comme le rapporte un document du dossier d’instruction des attentats de 1995. Il a été « identifié plus tard, le 18 février 1998 par une comparaison d’empreinte digitale » qui aura donc pris neuf mois, délai qu’à dû attendre la France pour être informée du décès d’Ali Touchent. De cet activiste membre du GIA, plus de douze ans après les attentats, il ne reste même pas une tombe pour sa famille, qui cherche encore son cadavre…
