L'ORGUEIL D'AUTEUIL

HISTOIRES. HISTOIRES
Lieu de résidences discrètes, le triangle représente, au cours de l’histoire, un endroit de résistances...

EXERCICES DE STYLE
Instantanés malicieux et pleins de leçons; la légende est aussi la réalité. Se méfier des imitations...…
ENTRETIEN - BISTRO(T) DANS MONUMENT HISTORIQUE

Ici on foule le même carrelage que Guillaume Apollinaire et Marie Laurencin. Le BAR ANTOINE « depuis 1911 ». Classé monument historique, incrusté dans un des plus imposants immeuble Guimard du quartier.

Les princes russes devenus chauffeurs de taxis s’y précipitaient pour engloutir vins chauds et vodka « bistro,bistro », vite, vite. Il est probable que le fameux poème : « Sous le pont Mirabeau coule la Seine… » y fut écrit. Aujourd’hui encore, certains vieux poivrots, dignes sociétaires de l’établissement , peuvent le déclamer avec emphase et émotion, en entier s’il vous plaît, mais après une dizaine de cognacs !

Angelo, le précédent propriétaire et animateur, fortune faite ou lassitude de caresser les vieillards dans le sens du poil, décide de vendre à la surprise générale.

Isabelle, cadre supérieure d’une grande banque d’affaires, un peu par hasard, rachète, maintient la qualité et la fraîcheur des produits du menu. Elle impose sa faconde et ses origines niçoises . La jeune femme innove sans bousculer le sédiment de clientèle.

C’était il y a un an. Aujourd’hui elle fait un premier bilan, presque une confession :

Un an après …
La vie que je menais, les contraintes de la banque ne me convenaient plus.

Je ne voulais pas faire de concessions, je cherchais un endroit avec une âme. Un jour en surfant sur internet , je trouve une annonce : « Vend cause fatigue … ». J’ai éclaté de rire. Le descriptif, avec clause monument historique correspondait vraisemblablement au Bar Antoine .

J’habite le quartier, je connaissais sans être cliente. Après un week-end de réflexions, après avoir contacté le notaire qui me décourageait avec toutes les contraintes liées, au statut historique de l’endroit, Je me suis jetée à l’eau et l’affaire c’est faite.

Quelles contraintes ?
N’engager aucun travaux sur la façade, aucune modification du décor et des parties classées, aucun travaux sans l’accord des Monuments Historiques, n’employer que des ouvriers agréés et certifiés etc .

Quelle impression cela fait-il de travailler dans un monument historique ?
Je ne sais si c’est de travailler dans un bistrot ou dans un monument historique, mais on a pas l’impression de travailler ! Cela rend les clients agréables . La première fois ils sont sous le charme, la deuxième ils se posent, ensuite certains viennent même pour travailler.




La clientèle évolue depuis un an ?
Je suis contente de ma clientèle, je fais des rencontres tous les jours, la clientèle est raffinée et l’endroit fidélise la clientèle .Je ne me fais pas de soucis . Il y a des personnes qui viennent ici et qui ne vont jamais dans les cafés Tout le monde se connaît . Il y a ici tout sauf de l’indifférence .Un côté intime. Tout le monde connaît forcément quelqu’un ou moi. Les gens se retrouvent . Certains disent que c’est un club. Bien sûr je n’ai pas les mêmes affinités que l’ancien propriétaire. Il encourageait ou décourageait certains plutôt que d’autres, moi aussi. Pas forcément les mêmes. Ce n’est pas un endroit ordinaire. Il y a toujours de bonnes surprises.

Le revers de la médaille doit exister
Il y a certains moment l’après-midi où je me dis : écouter toujours les mêmes blagues, les mêmes gens, c’est un peu sclérosant. En même temps, ça l’est quand même moins que le microcosme d’où je viens, c’est-à-dire la banque. ( Sourire) Le lieu est chargé d’Histoire, j’y pense tout le temps…Mais la vétusté, les problèmes d’éclairage…Impossible d’installer un vrai four dans la cuisine . Contrairement à ce qu’on pourrait croire, les cars de touristes ne sont pas l’essentiel de ma clientèle. Loin de là. De toutes façons avec une dizaine de tables…Mais quand je vois quelqu’un à l’extérieur qui se penche pour photographier . C’est valorisant.


Les jours de déjeuners et dîners déconcertent les vieux clients et parfois les nouveaux. Quelle explication ??
C’est un choix de vie. Les horaires d’ouverture , une plage de disponibilité et d’accueil des clients. Je ne me vois pas ouvrir le Bar Antoine sept jours sur sept et ne passer que pour « relever les compteurs ». Ici je vis une période de ma vie, j’ai franchi un pas, le plus difficile. Je pourrai en franchir d’autres plus tard… L’Orgueil d’Auteuil Les habitués, journalistes de Radio France, écrivains, industriels ,cadres « dynamiques » ,marchands forains ou bien créatures un peu mystérieuses qui fréquentent l’établissement savent que le lieu a une âme. Incarnée aujourd’hui avec force et sourires par Isabelle, une orgueilleuse d’Auteuil.

 

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